Parentalité & Bien-être🌙 Série sommeil · 1/3

Mon enfant de 3 ans refuse de dormir seul !

Par Chloé Papegaey — Psychologue Clinicienne

« Mon enfant pleure avant d’aller au lit, il fait tout pour retarder l’heure du coucher, il m’appelle plusieurs fois pour que je vienne le rassurer, il se lève même parfois la nuit pour me rejoindre dans mon lit, à tel point que mon conjoint est obligé de dormir sur le canapé. On est tous les trois épuisés, ça devient invivable !

Du coup, la seule solution que l’on a trouvée, c’est de le laisser venir avec nous directement le soir. »

Ce scénario, vous l’avez peut-être déjà entendu dans votre entourage, ou bien vous l’avez déjà vécu vous-même, ou êtes en train de le vivre. Loin d’être un cas isolé, le coucher et le sommeil sont des étapes parfois compliquées dans la vie et dans le développement d’un enfant.

Ok, mais pourquoi ?

3 ans : la pensée et l’esprit de l’enfant sont en pleine ébullition

Tout au long de ses premières années, l’enfant vit un développement qui comprend plusieurs étapes, ou plusieurs « stades » de développement, décrits notamment par le psychologue Jean Piaget.

De 2 à 7 ans environ, l’enfant passe par ce que l’on appelle le stade « préopératoire ». Lors de ce stade, l’enfant découvre la pensée symbolique. En d’autres termes, il devient capable de se représenter mentalement des objets, des personnes ou même des situations qui ne sont pas physiquement présents devant ses yeux.

Tout petit, l’enfant n’en était pas capable. Cela voulait dire que pour lui, si le parent disparaissait de la pièce, il disparaissait tout court. Pouf ! Il n’existait plus !

Le stade préopératoire comprend plusieurs manifestations importantes, mais nous nous arrêterons dans cet article uniquement sur l’une d’entre elles, qui nous intéresse pour son lien avec le sommeil : l’apparition de l’animisme.

L’animisme, c’est quoi encore ce mot bizarre ?

C’est très simple. Lorsqu’un enfant connaît un développement dit « classique » (hors troubles spécifiques), l’animisme apparaît aux alentours de 3 ans. C’est tout simplement le fait de prêter des intentions, des sentiments et une vie à des objets ou à des choses inanimées.

Je suis sûre que vous avez déjà entendu votre enfant dire « Aïe, t’es méchante ! » à la table sur laquelle il vient de se cogner le pied.

L’animisme, c’est ça, mais pas que ! C’est aussi ce qui nourrit la peur des monstres ou du noir… Vous savez, ce fameux porte-manteau ? Eh bien pour votre enfant, ce n’est pas un simple porte-manteau : une fois la lumière éteinte, il devient un méchant monstre terrifiant.

Lumière allumée : un simple porte-manteau, avec un manteau et un chapeau.

Pour votre enfant, ces menaces sont absolument réelles, car il n’a pas encore la capacité de faire la distinction entre le rêve, l’imaginaire et le réel.

À ce moment-là, on peut avoir tendance à vouloir le rassurer avec ce genre de phrase : « Les monstres, ça n’existe pas. » Mais on voit souvent que ça ne fonctionne pas. En faisant cela, même si cela part d’un bon sentiment, nous invalidons la perception de l’enfant.

C’est exactement comme si vous aviez peur du vide et qu’on vous disait : « Ce n’est rien, c’est dans ta tête. » Pour votre enfant, sa perception est réelle : c’est vous qui ne voyez pas les choses correctement !

Alors rien ne sert d’invalider ce qu’il voit. Au contraire, on va plutôt essayer de se servir de l’animisme à notre avantage… vous allez comprendre !

✨ Pour le coucher

💡 La petite astuce de psy

On utilise l’animisme à notre avantage, et on en profite pour créer en même temps un lien avec lui. Au lieu de lutter contre son imaginaire, on entre dans son monde !

Le spray anti-monstres

Créez ensemble un vaporisateur anti-monstres et anti-fantômes : un simple flacon rempli d’eau, décoré par votre enfant avec des gommettes ou des dessins.

  • Le soir, c’est lui qui « pschitte » les coins de la chambre.
  • Il passe de celui qui subit la peur à celui qui la chasse !

La carte de super-pouvoir

On crée ensemble une carte de super-pouvoir que l’on sort la nuit et que l’on met sous l’oreiller. Elle nous protège, et avec elle, il ne peut rien nous arriver.

  • Dessinez-la ensemble juste avant le coucher.
  • En plus de passer un bon moment, vous travaillez sa créativité, et il réalise lui-même sa propre carte de super-héros.

Le secret ? On ne dit pas à votre enfant que sa peur n’existe pas : on lui donne les moyens d’être plus fort qu’elle.

Et ensuite ?

L’animisme n’est qu’une des nombreuses façons dont la pensée de votre enfant se transforme autour de 3 ans. Dans les deux prochains articles de cette série, nous resterons du côté du sommeil et du coucher, pour découvrir ensemble deux autres manifestations de ce fameux stade préopératoire.

Nous parlerons d’abord de l’égocentrisme intellectuel : pas d’inquiétude, rien à voir avec un enfant « égoïste » ! C’est simplement le fait que votre enfant a encore du mal à imaginer que les autres puissent voir, penser ou ressentir les choses autrement que lui. Puis, dans le dernier article, nous verrons la pensée magique et le manque de réversibilité : ces drôles de raisonnements qui font qu’un enfant peut croire que ses pensées ont un pouvoir sur le monde, ou avoir du mal à comprendre qu’une chose qui change peut revenir comme avant.

Comme pour l’animisme, je vous expliquerai avec des mots simples ce qui se passe dans la tête de votre enfant, comment cela peut se manifester au moment du coucher, et surtout, quelques petites astuces pour l’accompagner. À très vite !