Parentalité & Bien-être🌙 Série sommeil · 2/3

Mon enfant de 3 ans refuse de dormir seul !

Partie 2 : l’égocentrisme intellectuel

Par Chloé Papegaey — Psychologue Clinicienne

Dans la première partie de cette mini-série, nous avions parlé de l’animisme : cette capacité à donner vie à des choses inanimées (eh oui, c’est de ça qu’il s’agit dans Toy Story !).

Aujourd’hui, on va se concentrer sur l’égocentrisme intellectuel. Je vous vois venir : ne vous affolez pas, votre enfant n’est pas un petit monstre égoïste dénué d’émotions (ou presque !). Si vous avez lu l’article précédent, vous savez à présent qu’il existe plusieurs stades de développement chez l’enfant. Ici, nous sommes toujours dans le stade préopératoire, qui dure environ de 2 à 7 ans.

L’égocentrisme intellectuel, c’est quoi ?

L’égocentrisme intellectuel désigne le fait que votre enfant est tout simplement incapable de se détacher de son propre point de vue. Il croit que tout le monde pense et ressent de la même façon que lui.

C’est une centration cognitive : on ne parle pas ici d’un égoïsme moral ! Votre enfant ne refuse pas de se mettre à votre place… il n’en est simplement pas encore capable.

Cet égocentrisme intellectuel se caractérise par trois grands éléments que vous pourrez repérer chez votre enfant :

  • Le langage égocentriqueUn nom un peu étrange, mais qui désigne seulement le fait que votre enfant va s’exprimer principalement par des monologues. Si si, on a tous connu ce moment où notre enfant nous fait un monologue digne des plus grands acteurs de théâtre… et où l’on a envie de tout faire, sauf de l’écouter !

  • La confusion des perspectivesDans la tête de votre enfant, tout le monde autour de lui voit, ressent et pense exactement de la même manière que lui.

  • L’absence d’objectivitéÀ son âge, votre enfant n’est pas encore capable de faire des liens entre les différents événements et les différents vécus. Ses pensées restent donc surtout concentrées sur ce qui se passe ici et maintenant, et sur son vécu à lui.

Mais quel rapport avec le sommeil ?

Vous allez me dire : « Mais quel est le rapport avec le fait que mon enfant refuse de dormir sans moi, ou de dormir tout court ? »

C’est très simple. En plus de son imaginaire et de sa nouvelle capacité à donner vie aux choses qui l’entourent, votre enfant n’a pas encore la capacité de prendre le recul nécessaire pour se dire « ça n’existe pas, ce n’est pas réel, c’est mon imagination qui me joue des tours ». Pour lui, c’est réel. Et c’est en partie cet égocentrisme intellectuel qui fait que votre enfant ne peut pas entendre votre point de vue et s’en servir. C’est pour cela que lorsque vous lui dites « c’est dans ta tête », cela ne fait qu’amplifier la situation.

🧒 Ses yeux à luiVos yeux à vous 👀
Faites glisser le curseur : même chambre, même chaise… mais pas du tout le même point de vue. Et pour votre enfant, il est impensable que vous ne voyiez pas ce qu’il voit.

En clair, pour votre enfant, ce n’est pas normal que vous ne voyiez pas ce qu’il voit, que vous n’ayez pas le même point de vue que lui (cela participe aussi aux débordements émotionnels face à la frustration, mais nous en parlerons dans une autre série !). Pour votre enfant, le monstre existe vraiment : un réel danger est présent dans sa chambre.

Imaginez : vous voyez un lion dans votre chambre, prêt à vous bondir dessus. Votre conjoint(e) vous certifie qu’il n’y a rien, puis s’en va et vous laisse seul(e) avec le fauve.

Vous avez la frousse, on est d’accord ? Mais surtout, vous êtes en colère contre votre partenaire, qui est parti(e) et vous a laissé(e) face à ce danger !

L’égocentrisme intellectuel est une phase normale du développement de l’enfant. Mais il est tout de même important de l’amener, petit à petit, à se décentrer. Et pour ça, rien de mieux que le jeu !

✨ Pour l’aider à se décentrer

💡 La petite astuce de psy

Le jeu est le meilleur terrain d’entraînement pour apprendre à voir le monde avec les yeux des autres.

Les jeux de rôle inversés

Un grand classique : le jeu du papa, de la maman et de l’enfant. Mais ici, on inverse les rôles ! Vous jouez l’enfant, et c’est lui qui devient le parent.

« J’ai peur, il y a un monstre sous mon lit ! » — à lui de vous rassurer 😉

Inverser les rôles permet à l’enfant de commencer à s’imaginer à la place des autres. Cela développe l’empathie, en même temps que sa capacité à voir et comprendre d’autres points de vue que le sien.

Questionner pendant l’histoire du soir

Quand vous lisez une histoire à votre enfant le soir, profitez-en pour lui demander ce que ressentent les personnages :

Pourquoi il pleure, ce personnage ?
Et lui, pourquoi il court ?
Et toi, tu ferais quoi à sa place ?

De cette manière, vous l’aidez à imaginer ce que ressent quelqu’un d’autre que lui.

Plus votre enfant s’entraîne à changer de point de vue dans le jeu, plus il pourra, petit à petit, entendre le vôtre… y compris au moment du coucher.

Et dans le prochain épisode ?

Dans le dernier article de cette série, nous parlerons de la pensée magique et du manque de réversibilité, deux autres manifestations de ce fameux stade préopératoire, toujours en lien avec le sommeil et le coucher. À très vite !

Bon à savoir : si les difficultés de sommeil persistent, s’installent dans la durée ou pèsent sur le quotidien de toute la famille, n’hésitez pas à consulter un psychologue ou un autre professionnel (médecin, pédiatre). Chaque enfant est unique, et un regard extérieur peut vraiment aider à y voir plus clair.